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Mille-Marches (Les)
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Mille-Marches (Les)
Mille-Marches (Les)
Les Milles-Marches est certainement le jeu que j'ai le plus attendu depuis Conspirations, la version française de Over The Edge. L'un comme l'autre étaient entourés d'une aura de mystère et dotés d'une superbe et énigmatique couverture.
On a vu que la couverture est géniale et donne libre cours à l'imaginaire. Le livre est épais (un peu moins de 200 pages) et le prix raisonnable (29€). On retrouve le format et la qualité de l'éditeur John Doe : que du bon.
On découvre en sous titre du livre : "1. Le premier conte". Chez un autre éditeur, c'est une promesse de suite, chez John Doe cela sonne comme une menace. La capacité à suivre un produit n'est pas le fort de la maison. On attend encore des suppléments pour certains jeux tandis que l'auteur affiche sur les forums son désintérêt pour des systèmes auxquels il a trop joué...
Les Milles-Marches proposent un multivers infini de possibilités de jeu autour d'un système unique. On peut jouer à pratiquement n'importe quoi avec les mêmes personnages ou des équipes distinctes. Le principal univers ressemble à un croisement entre Les Princes d'Ambre et Neverwhere. On peut faire pire comme références !
Le livre est gros mais il se lit incroyablement vite, ce qui démontre un réel talent dans l'écriture. On reste cependant un peu sur sa faim. On a l'impression de lire un catalogue fourre-tout d'idées à exploiter. Cela donne un séries d'instantanés qui permettent d'avoir rapidement et sans douleur une vision panoramique du multivers.
Les Milles-Marches est présenté comme une boite à outil. Chacun prend ou laisse les éléments en fonction de ses goûts. Cela veut dire que le maître de jeu va avoir un peu de boulot pour constituer son multivers à lui.
Les choses se gâtent un peu lors de la présentation d'Öropa, une utopie cyberpunk servant de cadre à la petite campagne fournie avec les règles. Déjà le choix d'un environnement légèrement futuriste (2050) supprime la possibilité d'une intrusion progressive et discrète du multivers dans notre quotidien comme dans les références littéraires précédemment citées. A mon sens c'est une faute de goût.
D'autant plus que le cyberpunk féérique, façon Bisounours, n'est pas très convainquant. Non que la campagne soit mauvaise, bien au contraire, mais l'univers dans lequel elle se déroule est peu crédible et gâche l'effet. Le choix de proposer une période temporelle antérieure à la description du monde pour la campagne est lui aussi contestable.
Un dernier petit reproche à cette campagne : on voit que l'auteur s'est fait plaisir sur certains PNJ, mais cela a pour conséquence de proposer aux PJ des alliés tellement puissants qu'ils risquent de leur voler la vedette, par moments, si le maître de jeu n'est pas prudent.
Dernier point que j'ai gardé pour la fin : le système. On est sur une base Cheap Tale, le système du Barbarians of Lemuria de Simon Wasbourne. BoL, pour les intimes, est un bon système de jeu. Il est particulièrement remarquable pour sa simplicité d'accès et sa capacité à tirer un trait d'union entre le joueur novice et le joueur expérimenté.
On peut se demander pourquoi, pour un jeu "multiversel", John Grümph a choisi de changer les caractéristiques de base du jeu, nuisant ainsi à la compatibilité avec les produits d'autres éditeurs. On retrouve Vigueur, Agilité et Esprit mais l'Aura a été remplacée par la Chance ce qui me parait maladroit. Les caractéristiques de combat de BoL (Bagarre, Mêlée, Tir et Défense) ont été remplacées par Adrénaline, Vaillance, Concentration et Eveil. Ce choix complexifie les choses sans apport majeur. Personnellement j'aurais préféré garder le système de base. L'Eveil, qu'il faut principalement traduire par Perception, est un bon ajout, mais il aurait été plus judicieux de le mettre à la place de la Chance. Chance et Aura peuvent parfaitement être couvertes par les aspects.
Les aspects sont une autre modification de BoL, plutôt positive, celle là. Un aspect est un trait du personnage pouvant être positif ou négatif suivant les circonstances. Par exemple si votre personnage est une bombe sexuelle, c'est génial pour la drague mais nul pour la discrétion : tout le monde vous regarde et se souvient de vous !
Pour le reste on retrouve les quatre carrières, les atouts et les faiblesses. Que du bon.
L'énorme fausse note des règles est d'avoir voulu rendre plus pulp un système qui l'était déjà. Les Milles-Marches est la version GrosBill de BoL. Les caractéristiques et les carrières de Bol sont sur une échelle de 0 à 5, celles des Milles-Marches de 0 à 10. Quand on sait que les résolutions d'actions se font typiquement avec 2d6 + Caractéristique + carrière ou Ressources contre une valeur de 9...
Pour accentuer le phénomène il faut noter que la progression liée à l'expérience est aussi facilitée. Là où Bol demande autant de points d'expérience que le niveau à atteindre (voir plus dans d'autre versions du jeu) on avance de façon linéaire (2 à 3 points par niveau).
La gestion des points de vie est aussi sujette à une crise de "grobillisme" : une nuit de sommeil et tout est réparé sauf les blessures graves (comme DD4 ?) ! Le système de blessures n'apporte pas grand chose et est un peu complexe.
Pour le combat on retrouve sous Prouesses et Risques des mécanismes inaugurés dans Kaos et BIA des 12 singes. C'est une bonne idée, qui peut dynamiser le jeu. Le chapitre sur les armes présente aussi un réel intérêt. Il aurait cependant mérité un catalogue d'exemple.
La magie est free form, mais manque un peu de cadrage.
Les MUSARS, outils pour le maître de jeu, sont peu convaincants et très facultatifs...
Il manque un bestiaire et une galerie de personnages à rencontrer et peut-être un catalogue d'équipement...
Dans un univers aussi riche, des chapitre sur les pouvoirs et les véhicule auraient bien complété la partie boite à outils.
Le maître de jeu va devoir beaucoup se débrouiller et compter sur la coopération et la mesure de ses joueurs...
Pour reprendre notre comparaison du début, Conspirations était une révélation ludique, Les Milles-Marches est un jeu intéressant mais pas aussi décoiffant. C'est d'autant plus frustrant qu'on rate de peu la cible d'un jeu simple et universel. Peut-être la V2 ?
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