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Guide du Rôliste Galactique — Accueil

Only after disaster can we be resurrected. (Tyler Durden)

Jeu du mois · May 2026

Inachevés : En mai l’Union fait bloc pour devenir son propre Créateur

Inachevés est un jeu qui parle d’art, de ces œuvres qui auraient pu advenir mais qui n’ont pas eu cette chance. Frustrées de cette situation, ces œuvres vont alors être poussées à accomplir elles-mêmes le travail de leur achèvement. Dans le petit monde qui est le nôtre, voilà un jeu qui était très attendu. Et pour cause, Loïc Muzy est un illustrateur de talent dont la patte a marqué l’imaginaire des rôlistes ces dernières années. Le voir ainsi proposer un univers aussi original, et qui lui serait propre, n’a pu qu’attiser la curiosité. Autant le dire tout de suite, les illustrations et la réalisation de l’ouvrage sont à la hauteur des espérances, pourtant déjà élevées. Mais, au-delà de l’artbook, est-ce que l’essai a su séduire ? Est-ce que le studio Deadcrows a eu raison de croire en cet improbable projet ? Manifestement, oui.

Le concept est aussi fort que dur. Car l’on joue ici des sculptures d’argile, nommées, conscientes, animées, mais pas vraiment vivantes, et même dénuées de parole, ajoutant autour de la table une contrainte bénéfique au roleplay qu’apprécieront les amateurs de Notre Tombeau. Ils arpentent le Lieu, un monde minimaliste et brutaliste, à la volonté inaccessible. Son esthétique qui évoque un univers post-apocalyptique, alors qu’il n’est lui-même, en fin de compte, pas encore complet. Les choses les plus simples n’y ont même pas encore reçu de nom, de la chose-ciel à la moindre chose-tissu. L’univers, ébauché, porte justement une force dans le potentiel qu’il a en lui.

L’ambiance pourrait y être dure, si on le joue dans l’esprit de la BD Seuls, où les Inachevés seraient ces enfants perdus, abandonnés dans un monde vide, sans la figure paternelle de leur Créateur pour leur expliquer où ils sont et ce qu’ils font là… mais avec d’autres enfants qui jouent à créer une société avec ce qu’ils peuvent. Il peut aussi être terriblement poétique si on l’aborde dans l’état d’esprit d’une quête initiatique d’un jeu comme Journey. Inachevés est un bac à sable, pas un jeu campagne avec un univers figé. Le jeu est centré sur la nature des personnages. Il n’y a rien pour distraire de celle-ci dans le Lieu, pas d’animaux, pas de végétation, d’Histoire complexe à appréhender. Juste d’autres Inachevés qui se cherchent aussi une place. C’est une approche très forte qui remet au centre de l’univers la notion de décision. Tout est la conséquence des décisions des Inachevés qui peuplent le Lieu, et de ce en quoi ils ont décidé de croire.

Survivre et trouver sa place dans le Lieu ne sont d’ailleurs que des moyens, des étapes secondaires sur le chemin d’un objectif qui brûle de l’intérieur chaque Inachevé : l’Achèvement. Là où d’autres jeux voient dans l’évolution des personnages un moyen ludique de renouveler l’intérêt de ceux-ci, Inachevés place d’emblée cette évolution comme l’objectif primaire des personnages eux-mêmes. D’œuvre incomplète, délaissée, ils vont devoir accumuler suffisamment de force d’âme au travers des Ancres pour devenir ce que leur Créateur n’a pas été capable de terminer. Cette évolution se ressentira dans leur apparence et dans leurs capacités. Mais elle sera surtout mise en scène au sein du jeu par la lutte pour la possession des Ancres, et leur défense contre leur vol…

Pour accompagner Loïc Muzy dans la création de ce jeu, il ne faut pas oublier le talentueux Trikytophe. Ensemble, ils nous ont concocté un système original qui tourne autour de l’utilisation d’un Bloc qui détermine le résultat des actions. Un bloc limité dont l’usage intensif accélérera l’attrition de leur précieuse réserve d’eau, à moins d’y investir un peu de leur force d’âme. En fait c'est tout le système qui soutient le propos du jeu : volonté de s’accomplir, peur de se mettre en danger, besoin de se soutenir mutuellement. Et le fait que les personnages ne peuvent utiliser la parole rend également le jeu plus solennel, rendant l’environnement et les actes plus intenses, et renforçant d’autant plus l’effet des quelques personnages qui en sont doués.

De l’originalité dans le thème, un thème porté par un système unique en son genre, une direction artistique exceptionnelle, énormément de matériel pour nous accompagner dans ce jeu. Comment Inachevés aurait-il pu ne pas être jeu du mois ?