Laurent Rambour
Critiques
3 critiques · 3 gammes
Barbarians of Lemuria (The)
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Barbarians of Lemuria
Barbarians of Lemuria
je ne connaissais pas du tout BoL ni n'avais eu vent de sa traduction, sa découverte fut donc une surprise totale, et ce à bien des niveaux !
Le thème aborde donc le fameux genre de la Sword & Sorcery ayant enfanté de très célèbres icônes de la littérature fantastique comme CONAN et les roublards de LANKHMAR, pour ne citer qu'eux. Les héros y sont plus simples et sanguins, et peut être aussi moins manichéens que dans d'autres références de la Fantasy. La magie féérique est ici remplacée par une sorcellerie rare et toujours néfaste, manipulée par des prophètes de l'obscur pour les besoins d'une divinité abjecte, avide de plantureuses bimbos à dévorer. Le monde y est sauvage, rude et survivre est déjà un exploit en soit.
Bien que le Médiéval Fantastique soit l'univers le plus prisé des rôlistes, peu de jeux ont véritablement exploité - ou du moins ont revendiqué - le style de la Sword & Sorcery. Les seuls s'y étant essayés n'ont malheureusement pas adopté de règles dédiées à l'esprit de cet excitant mélange Pulp Medieval. Et c'est là qu'à mon humble avis, réside le coup de génie de BoL.
Mathématiquement, les règles sont d'une simplicité à toute épreuve et le débutant n'aura strictement aucun mal à les digérer en quelques minutes. Pour autant, elles impliquent que l'on fasse travailler un minimum son imagination et sa culture Heroic Fantasy afin de bien appréhender ce dont est capable son aventurier. Attention, cette liberté d'interprétation ne signifie pas que nous baignons dans un joyeux flou artistique, car le jeu reste parfaitement logique et cohérent. Les règles donnent envie de jouer vite et furieusement, ce qui n'est pas forcément le cas de ses concurrents. Les vieux routards qui ont encore la flamme plongeront avec délice dans ce système très instinctif, et les jeunes newbies trouveront sans aucun doute à leur goût cette facilité vidéoludique à exécuter des hauts faits d'armes. Tout dans BoL est fait pour retranscrire une ambiance qui sent la fureur, le sang, le mystère et le parfum épicé des danseuses nues.
Vous avez une idée de votre héros ? BoL et ses 90 pages vous le livre en cinq minutes chrono, avec autant d'intérêt en cours de partie qu'un autre jeu nécessitant 3 fois 250 pages. Pour moi c'est uniquement en jouant à un jeu que l'on peut juger de ce qu'il a dans le ventre, et croyez moi après seulement 2 parties, BoL a ce qu'il faut.
Je n'ai pas lu la VO, mais la lecture de cette traduction est très plaisante. Coté présentation c'est sobre mais efficace. Les illustrations sont sympathiques et assez bien dans le trip, la maquette claire et lisible. Il n'y a pas de déluge d'images photoshopées mais sincèrement, ce n'est pas là que je mise mes attentes dans un bon jeu de rôle, loisir sensé de toute façon utiliser l'imagination comme seul support, on ne le rappellera jamais assez. Le cadre de jeu inclus répond aux codes du genre, et il sera aussi très facile d'adapter ses propres créations ou références.
Enfin, proposer BoL en auto édition online est un pari audacieux et certains se diront peut être que ça fait trop cheap pour être sérieux. Ils se tromperont. Les vrais joueurs, ceux qui lancent régulièrement leurs dés, y trouveront leur compte, et pour longtemps.
Bravo Mr KOBAYASHI !
Capharnaüm
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Capharnaüm
Capharnaüm
Avertissement : ma critique risque ne pas sembler avoir été construite avec l'objectivité de la raison, mais avec la passion du coeur comme un aveuglant coup de foudre. Elle n'en reste pas moins parfaitement honnête et sincère, d'autant que je ne connais personnellement aucuns des membres du studio DC.
Les autres critiques ayant disséqué le thème et le système de long en large, je me bornerais à exprimer que mon ressenti face à ce joyau du jeu de rôle.
Capharnaüm est un jeu que je viens seulement de découvrir (par manque de temps). Je suis un grand fan de Légendes des mille et une nuits de Descartes (ma relique préférée) que j'ai pratiqué de longues années. Plus tard je suis tombé sous le charme des couvertures d'Al Qadim (AD&D2) mais son univers trop « donjonesque » mixé à des règles pas très sexy ne m'avait pas transporté plus que ça. C'était donc avec une vive impatience que je souhaitais me plonger dans Capharnaüm, avec toute fois une petite appréhension que je ne saurais expliquer, si ce n'est peut être par la crainte de textes ampoulés ou d' un décor submergé par des règles indigestes, ou de ne pas retrouver le souffle chaud et magique de l'aventure du désert qui m'avait autrefois transporté.
En vérité, c'est avec une grande surprise que je découvre au fil de ma lecture un monde fascinant, inspiré et exotique, retranscrivant à merveille ma vision des mille et une nuit. Les DC ont réussi à faire côtoyer habilement différentes références historiques en ne prenant que ce qu'il y avait de plus inspirant pour l'imaginaire et excitant pour de la haute aventure. Le jeu ne tombe jamais dans le cours d'histoire rébarbatif et « as-tu vu ma science ». Les textes sont franchement entrainants et plongent directement dans un parfum épicé et coloré qui invite à la rêverie. La richesse de ce jeu est époustouflante, et même si cela rend le livre très très dense je ne me suis aucunement ennuyé; j'y reviens d'ailleurs avec plaisir, voir addiction. J'ai transmis mon engouement à mon entourage, et je crois que nous allons finir par reléguer au placard les jeux que nous pratiquions pour nous investir pleinement dans une longue campagne Capharnaüm. Déçus ou blasés par les titres phares actuels de la fantasy, nous avons enfin trouvé LE jeu réunissant tous les arguments pour faire de l'initiation et inviter des débutants à voyager dans le monde rôliste grâce à un décor fabuleux et des règles très simples d'accès (si on lâche quelques options qui contenteront toutefois les vétérans).
Jusqu'à présent, je considérais que le jeu de rôle n'était qu'un jeu , loisir enivrant, addictif et bourré de qualités, mais certainement pas un "art" dont beaucoup d'auteurs narcissiques se targuent. Mais là, je dois reconnaitre que je ne peux qualifier Capharnaüm que de réussite ludique et artistique incontestable !
Bravo aux DC pour ce superbe travail, et je souhaite tout le succès possible à ce jeu dont il me tarde de dévorer les suppléments.
Merci à eux aussi pour avoir cristallisé avec tant de talent mythologies et cultures arabes. Capharnaüm va peut être ramadouer quelques personnes avec les richesses du monde islamique, loin du triste tableau médiatique actuel, point auquel je suis particulièrement sensible.
Un jeu que j'aurais clairement aimé signer et qui fait partie de ceux dont la qualité est une référence, de ceux qui me poussent à m'améliorer pour en atteindre ne serait-ce que la moitié de l'éclat. Je donne un 5 à Capharnaüm, mais il est à mes yeux bien au-delà du 10 pour toute la magie et la féerie dont il déborde. Clairement le jeu du siècle à mes yeux émerveillés.
Oikouménè
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Oikouménè
Oikouménè
Oikoumene
L'oracle a dit : "le temps des rois est révolu..."
- la forme :
La finition de la couverture rigide avec son illustration dynamique et les tons ocres employés donnent le sentiment d'avoir en main un beau et bon classique. Ni trop claquant, ni trop austère, on devine quand même que l'on est pas là que pour délirer.
L'intérieur reste dans le même acabit, avec une maquette que je trouve propre, limpide, et bien adaptée. Là encore, c'est du bon classique éprouvé, c'est à dire sans prise de risques ou d'artifices. Les illustrations sont sympathiques et de nombreux plans bien venus aident à situer le joueur pas spécialement expert en histoire antique.
Globalement, mon sentiment est que l'on a honorablement fait au mieux des possibilités, mais qu'au regard du thème si riche et porteur, le tout semble un peu tristoune comparé à des jeux largement moins passionnants mais bénéficiant de moyens plus conséquents (tout en couleur, papier glacé, photomontages de folie...). Petit regret donc de ce coté là, mais plus par le manque de moyens mis en oeuvre que de talent, comme si l'on était passé un peu à coté du potentiel du jeu... L'économie a malheureusement ses raisons que le rêve ne comprend pas toujours, je sais de quoi je parle.
- les règles :
Simples, accessibles et, encore une fois, classiques. On devine les années de pratique de Runequest des auteurs, sans toutefois en reprendre les lourdeurs. Elles collent bien au thème, avec néanmoins quelques options (combat de masse, naval ou même la course de chars, soyons fous) qui demanderont à être développées dans de futurs suppléments. Je n'ai pas vu de choses choquantes, l'ensemble suit sa propre logique, et pour moi ça tourne bien.
- le background :
Ce "petit" livre de base rempli parfaitement son job et brasse l'essentiel que ce qu'il faut savoir sans s'appesantir sur des détails trop pointilleux. C'est riche, c'est ambitieux, et grâce à un long scénario (une mini campagne en fait) qui en dit plus sur l'ambiance du jeu qu'un long baratin (que j'aurais de toute façon zappé pour y revenir plus tard si le jeu "in game" m'avait plu), on rentre aussitôt dans l'ambiance. Je trouve que c'est même le point fort de ce jeu qui nous propose de découvrir son univers en jouant plutôt qu'en se cognant 500 pages soporifiques. Là, bien sûr, il faut adhérer au principe qu'un jeu de rôle est avant tout destiné à distraire plutôt qu'à cultiver. Si je prends une Porsch comme voiture familiale, je risque d'être un poil déçu. Ben là c'est pareil, si je prends un jeu de rôle, c'est pas trop pour me documenter, mais bien pour jouer et inventer mes histoires. Contrairement à ce que j'ai pu lire ailleurs, il y a suffisamment de sources d'informations dans le livre, la presse ou le net pour dresser un tableau crédible aux joueurs. Que la partie "académique" soit proposée plus tard dans des suppléments est pour moi parfaitement logique, voir même souhaitable.
- l'ambiance
Le fantastique, bien que présent, reste assez en retrait, du moins dans la manière où l'amène le texte. On est pas là, du moins à ce stade de développement du jeu, pour revivre "Le choc des Titans" ou "Prince of Persia". C'est plus du "Troie" ou du "Gladiator" avec un zeste de fantastique distillé avec parcimonie. Les "investigateurs" vont aimer, les "aventuriers" vont rester un peu sur leur faim, pour l'instant... J'attends donc un bon gros souffle épique emprunt de mythologie pour m'éclater complètement avec ce jeu. De l'enquête ok, mais bordel de Zeus, je veux des batailles rangées, des navires à faire couler a coups de catapultes, des squelettes animés à pourfendre de mon glaive, des esclaves nues à porter sur mes épaules ensanglantées, des toisons d'or à arracher des griffes d'une gorgone, des dieux hautains à défier et leur terrible colère à braver, et enfin des jeux olympiques grandioses pour que le peuple m'acclame !
- en conclusion :
Oikoumene est un jeu au potentiel énorme qui ne demande qu'à être exploité avec les moyens qu'il mérite. Pour l'instant, au regard de ses possibilités et de son format, c'est un beau et bon gros "kit" de découverte, peut-être un peu trop sage, mais qui créé tout de même une attente, un besoin viscéral d'en avoir plus, et plus fort.
Personnellement j'aurais bien dépensé 15/20 euros de plus pour un livre tout en couleur, pas forcément plus épais, mais qui fasse jaillir les merveilles de l'aventure héroïque antique, des statues intemporelles et sensuelles, des mosaïques et des bas reliefs narrant des légendes à couper le souffle, les couleurs des épices dans un marché bondé, le brillant des armures hoplites...
Oikoumene m'a mis l'eau à la bouche, mais maintenant je veux du vin pour m'enivrer !
Je le note 4 pour l'instant, sachant que si son suivi tient ses promesses c'est clairement un 5 qu'il mérite.
L'oracle a dit : "...car le règne des Titans approche ! "
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