Malik Amoura
Critiques
1 critiques · 1 gammes
HeroQuest
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Sartar
Sartar
Vous en avez marre de « Sartar ». Depuis les débuts de Runequest c’est toujours la même histoire : alors que le reste de Glorantha n’a le droit qu’à la portion congrue, Greg Stafford, le créateur de cet univers, et ses « sbires », ne peuvent s’empêcher d’en remettre encore une couche sur cette région et ses frustres barbares orlanthi qui ploient encore et toujours sous le joug des armées de la Lune Rouge. Et en voyant débarquer ce nouveau supplément, vous vous dites peut être : « cette fois, j’en ai ma claque, ce supplément ne passera pas par moi ! »
Et bien ce serait une erreur. Parce que ce supplément est une véritable merveille. Oh, les précédents suppléments de la gamme Heroquest traitant de la région – « Thunder rebels », « Storm Tribe », et « Barbarian adventures » - étaient certes très bons. Mais ce « Sartar : Kingdom of heroes » est encore meilleur.
D’abord, parce qu’il s’agit de la vision la plus didactique, la plus claire et la plus directement jouable de ce petit coin de Glorantha. Le style est simple, limpide, sans fioriture. On devine bien la patte « pragmatique » de Jeff Richard (Directeur général de Moon Design et co-auteur du supplément) qui vient ici canaliser à merveille l’habituel foisonnement d’idées « staffordien » : l’érudition gloranthienne c’est bien, comprendre en plus de quoi on cause, et comment « ça se joue », c’est encore mieux.
Le supplément se débarrasse aussi de ce qui faisait la lourdeur des suppléments pré-cités. Sartar ne nous livre pas par exemple une liste de cultes ou de sous cultes à en donner le tournis. La magie est ici simplifiée mais demeure évocatrice, et même plus qu’avant. L’idée de choisir 3 runes à la création du personnage, dont une dominante, rend la magie plus vivante, tout en aidant à mieux définir la personnalité du Héros. En effet, les runes sont chacune associées à des traits de caractère : un personnage dominé par la Rune de l’Air sera par exemple impétueux voire violent. On crée un perso en moins d’une demi-heure très facilement, en lui choisissant, en plus de sa magie, au minimum un seul « mot-clé » décrivant son « métier » (exemple : chasseur ou barde) et un trait distinctif (exemple : arrogant ou riche). Fini la liste de compétences associées à chaque « mot-clé », interminable mais pourtant jamais exhaustive : un chasseur sait dorénavant et logiquement faire tout ce qui a trait à son activité (ex : poser des pièges, connaître la forêt du coin…) avec un score égal à celui du mot-clé. En comptant ses trois runes et son appartenance à un Clan, le joueur peut ainsi commencer à jouer avec 6 scores sur sa feuille, puis développer le personnage par la suite en choisissant des compétences supplémentaires.
Le principal tour de force de « Sartar : Kingdom of Heroes », c’est que ce souci de simplicité et d’accessibilité ne se traduit pas par un quelconque appauvrissement du contenu. Au contraire, le supplément est très complet, encyclopédique même, et fourmille de détails. La plupart des informations qui étaient éparpillées dans les précédents suppléments sont reprises ici dans un véritable souci de cohérence et de précision. A la lecture du livre, on se rend très vite compte du travail de synthèse qu’a du représenter un tel ouvrage, qui compile de manière érudite tout ce qui s’est écrit sur le sujet depuis des dizaines d’années (si, si, aussi longtemps que ça ;) ). La culture et l’Histoire de Sartar n’ont jamais paru aussi vivantes que dans ce supplément. Vous vous demandez comment se passe l’initiation de jeunes heortiens ? quels sont les différents types de tatouages que portent les barbares ? A quoi ressemble une quête héroïque dans les mythes orlanthi ? quels sont tous les Rois de Sartar depuis la création du Royaume, avec si possible un arbre généalogique pour bien tout comprendre ? Vous aurez les réponses, et bien plus encore. Les plus anciens auront peut être une petite larme à l’œil en retrouvant au détour d’une page de très vieilles illustrations recyclées, ou des célébrités qu’on croyait disparues, comme Gringle, Redbird ou Biturian Varosh. Et si comme moi, vous avez déjà pesté contre la difficulté (disons par exemple, en cours de partie, face à des joueurs impatients…) de retrouver rapidement des informations dans un bouquin de JDR , ici, vous serez agréablement surpris : l’index, riche de plusieurs centaines d’entrées, est un modèle du genre, et pas un petit encart final vite bâclé pour que les auteurs puissent avoir bonne conscience (comme dans pas mal de suppléments pour RQ IV par exemple). Là encore, tout est vraiment carré.
Un autre élément favorise l’immersion dans l’univers : le questionnaire de création de clan (cf. la description de l’ouvrage), qui était déjà présent, mais dans une forme moins aboutie, dans « Orlanth is dead ! ». Il s’agit d’une excellente idée qui permet, de manière très astucieuse et véritablement « interactive », de donner au clan des PJ une véritable épaisseur. Mais il s’agit aussi d’un générateur d’histoires efficace et très facile à exploiter par le MJ. Je vous conseille, ainsi que le préconise le livre, de dérouler le questionnaire avant de créer vos personnages : il crée en effet un cadre commun qui vous aidera beaucoup à créer des héros ayant du relief, car disposant déjà d’un « background » cohérent. Le questionnaire fonctionne étrangement très bien auprès des néophytes malgré sa ribambelle de noms et d’évènements.
Il est à noter que le supplément est rempli de cartes géographiques : de son propre aveu, Jeff Richard adore les cartes. Et bien, en l’occurrence, ça se sent, et les (nombreux) cartographes ont fait merveille : même les principales villes de Sartar, comme Jonstown ou Boldhome, ont droit à leur représentation. Ce souci d’exhaustivité cartographique s’étend même jusqu’à la « feuille de clan », qui dispose d’une petite carte permettant de situer ce dernier parmi les tribus de Sartar. C’est à ce genre de détail infime qu’on reconnaît un supplément longuement mûri.
Enfin, et comme pour parfaire le côté pratique et ludique du supplément, une bonne grosse campagne de 70 pages sert de conclusion à l’ouvrage. Sans déflorer le sujet, disons qu’il s’agit d’une vraie belle histoire héroïque, et non pas de quelque épisode « lambda » de la vie quotidienne en Sartar, ou encore d’un fresque historique grandiose mais dont les PJ ne seraient que spectateurs. Il y a là quoi donner envie de mettre en pratique immédiatement tout ce beau matériel.
Vraiment, il n’y a pas grand chose à redire sur ce superbe supplément. Au rang des (rares) critiques, il faut reconnaître que la mise en page, très sobre et digne d’un supplément des années 80, ainsi que l’allure générale, ne sont pas vraiment au niveau de ce qui se fait de mieux aujourd’hui. Les illustrations en noir et blanc ont néanmoins le mérite d’être particulièrement évocatrices, si on excepte une couverture ratée. Certains regretteront peut-être d’être à nouveau projeté en 1618, juste avant le début de la « Guerre des Héros », et que le background semble encore avoir un peu peur de progresser, malgré les quelques timides avancées (maintenant périmées) de la campagne « Sartar Rising ». J’aurai personnellement bien aimé plus de contenu pour faire un peu de « gestion » de Clan dans le temps, ou du moins, le faire évoluer, un peu à la manière de « Noblesse Oblige » pour Pendragon, ou de l’excellent jeu video «King of Dragon Pass ». En outre, quand on sort des orlanthi proprement dit, la description des autres habitants de Sartar (y compris les lunaires, les principaux antagonistes) est sans doute un peu plus faible que le reste du supplément. Chaque peuple décrit est assez vite expédié, et il sera sans plus difficile pour le néophyte de les exploiter (en attendant le « Sartar Companion » qui devrait combler cette lacune au moins pour les lunaires). En tant que « geek » de Glorantha, qui par nature cherche à chipoter, il m’arrive aussi parfois de regretter le côté un peu « terre à terre » du supplément, parfois au détriment des allusions pleines de mystères ou des envolés lyriques d’un « King of Sartar », ou même dans une moindre mesure, d’un « Thunder Rebels ». Mais encore une fois ici, les auteurs ont cherché l’efficacité, les suppléments sur Glorantha ayant souvent souffert d’une absence de « jouabilité » immédiate. Enfin, dernier point, le prix (50 €) pourra faire mal au porte-monnaie, même s’il est plus qu’amplement justifié par la qualité et le volume du bouquin.
Malgré ces toutes petites réserves, on est en face d’un des tout meilleurs suppléments jamais édités, toutes gammes confondues. Rien de moins. Si vous aimez Glorantha, foncez ! Et puis même si vous n’y connaissez rien, tentez le coup quand même : le supplément est très accessible au néophyte, et les informations techniques, du fait du système de jeu, sont tellement discrètes qu’elles ne vous empêcheront en rien de savourer ce modèle quasi-parfait de « setting ».
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