Emöjk
Critiques
2 critiques · 2 gammes
Appel de Cthulhu (L')
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Targets of Opportunity
Targets of Opportunity
On pourrait penser qu'après 10 ans, les auteurs de Delta Green se sont ramollis et ont décidé de nous servir "more of the same". On pourrait penser que ce supplément n'est a priori pas essentiel, ne faisant que rajouter des factions et des groupes pour les MJ en manque d'inspiration, qui auraient déjà tout épuisé du reste du background (il faudra qu'ils m'expliquent comment ils ont fait). Bien entendu, c'est loin d'être le cas.
Je ne suis en général pas client des suppléments de jeu de rôle, car je trouve qu'ils n'ajoutent la plupart pas grand chose, à peine des précisions pas forcément nécessaires sur telle ou telle partie du background (cf. les clanbooks du WoD, par exemple), ou essayent d'enrichir inutilement l'univers. Mais force est de constater que Targets of Opportunity, comme les précédents suppléments de la gamme, est, sinon indispensable (aucun supplément ne l'est jamais), tout du moins génial.
L'une des forces des suppléments de Delta Green est que ce qu'ils ajoutent à l'univers, ils le font rarement comme un cheveu sur la soupe. On est ici avec un jeu qui privilégie la cohérence, et toutes les nouveautés présentées dans Targets ont des liens avec les factions déjà existantes de Delta Green : le Culte de la Transcendance, par exemple, peut se rattacher sans peine à Tiger Transit, à la Destinée ou à MJ-12. M-EPIC partage de gros bouts de background avec Delta Green et GR-SV8. Black Cod Island peut être vu comme le successeur d'Innsmouth, l'un des premiers dangers auquel Delta Green a dû faire face. Les Disciples du Ver comblent le trou qu'il y avait dans le panthéon cthulhien avec l'ouvrage De Vermis Misteriis, entre autres, et encore une fois se rattachent sans peine avec Delta Green, ne serait-ce que parce qu'un ancien Friendly tire partie de leurs pouvoirs. Le clan De Monte à déjà eu maille à partir avec les Agents, et nul doute qu'il y aura encore des conflits dans l'avenir... Pour ma part, je rêve déjà d'un scénario en plein Katrina à la Nouvelle-Orléans, les PJs chassant les goules dans les rues inondées (c'est d'ailleurs fortement suggéré dans le chapitre !).
Et puis les auteurs, même s'ils se font parfois plaisir en décrivant l'historique de chaque faction sur une dizaine de pages (pages qui ne nous serviront pas à grand chose en tant que matériel de jeu, mais qui sont toujours agréables à lire et rajoutent en texture à l'univers), se rattrapent à chaque fois en prenant bien soin d'inventer, au sein de chaque chapitre, des moyens qui permettraient aux PJs de se retrouver impliqués. On n'a pas une seule fois une menace distante et pour l'instant tranquille : ce sont des bombes à retardement, des fourmilières qui n'attendent qu'un coup de pied pour partir dans tous les sens. A vrai dire, la seule chose frustrante pour le MJ c'est qu'il ne pourra pas exploiter toutes les pistes à chaque fois, il lui faudra faire un tri ; en particulier pour le Culte de la Transcendance qui est tellement énorme qu'on voit mal comment son démantèlement est possible, et comment les Agents pourraient arriver à relier les points entre tous les "sous-cultes" qui le composent. En cela c'est peut-être la cible qui est la moins "opportune" pour Delta Green...
Bref, si l'on peut jouer sans, ce serait vraiment dommage de se passer d'un tel supplément, surtout quand il a mis autant de temps à venir. Il ne contient pas de scénario mais des dizaines de campagnes en devenir, pour peu que le MJ se donne un peu de mal. Avec Targets, c'est sûr, je n'aurais pas assez d'une seule existence ludique pour épuiser l'univers de Delta Green...
Wastburg
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Wastburg
Wastburg
Alors que Wastburg vient d'être désigné jeu du mois, une critique s'impose... Disclaimer pour commencer, même si je ne connais pas l'auteur personnellement, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de discuter virtuellement avec lui, et j'ai déjà croisé quelques-uns des co-auteurs présents ou futurs de la gamme.
Ceci étant dit, Wastburg partait pour moi avec un handicap certain : c'est un jeu qui se passe dans un univers médiéval. Or, en ce qui me concerne, je suis plutôt jeux contemporains... Ce qui m'a donc attiré avant tout dans ce jeu, c'est son système ultra-simple. Sur le papier, cela est fort alléchant, mais est-ce que ça tient la route pendant une partie ? Même si je n'en ai pour l'instant qu'une à mon actif, elle fut l'occasion de vérifier que le système est non seulement ultra-simple, mais qu'en plus il roule très bien et est tout à fait dans l'esprit du jeu : si vous voulez jouer des héros qui triomphent de tout, passez votre chemin. Si par contre ce qui vous intéresse c'est de jouer des anonymes à qui l'aventure tombe sur le coin de la gueule, et qui vont patauger pendant tout un scénario dans la boue avant d'arracher un semblant de victoire fragmentaire, vous êtes davantage dans le cœur de cible... et le système reflète tout ça.
Ce qui m'a attiré, c'est également le thème du jeu. Ça m'a toujours étonné qu'il y ait au fond si peu de jeu permettant de faire du police procedural, dans l'une de ses nombreuses incarnations, tant le genre est riche et intéressant (il n'y a qu'à voir le nombre de séries télévisées qui l'exploitent). Sur ce point, Wastburg est satisfaisant tout en restant relativement classique : ce qui fait la différence ici, c'est le côté farouchement street level sur lequel on insiste. Les PJ pourront monter les échelons, peut-être, un jour, mais ce sera davantage en manigançant qu'en prouvant leur valeur. Et il y aura forcément un prix lourd à payer, à commencer par le mépris de leurs camarades. Mais je m'avance... Pour le moment, Wastburg ne permet de jouer que de simples gardoches, avec leurs frustrations et leur humanisme, et c'est très bien comme ça. Le MJ avisé ne manquera pas d'insister sur la toute-puissance des bourgeois et leur impunité face à une justice corrompue et dépassée.
Enfin, pour revenir à l'univers du jeu... Eh bien, ceux qui ont lu le roman savent que Wastburg n'est pas un univers médiéval comme les autres. On y sent davantage le purin et la crasse que la chevalerie, et ses habitants sont tous mesquins, stupides, cupides, racistes, arrivistes et j'en passe... Même sans avoir lu le roman dont est tiré le jeu, il ne fait aucun doute que l'univers de Wastburg ne ressemble que de loin à ses cousins, ne serait-ce que par l'angle d'approche choisi. Et c'est pour cela que pour une fois, jouer du médiéval ne m'a pas dérangé. Même si un hack contemporain est sans doute extrêmement aisé, et tentant...
Cette critique ne serait pas complète sans un léger point négatif, et c'est le prix : 30 euros, cela peut sembler léger en terme de nombre de pages, surtout pour ceux qui n'avaient pas acheté le roman auparavant et qui peuvent penser que débourser 25 euros de plus pour avoir le background le plus complet à leur disposition. Néanmoins, s'il est vrai que 30 euros pour 92 pages et un écran, cela fait cher, en terme de richesse et de contenu, vous en aurez largement pour votre argent... Et c'est pour tout ce contenu que Wastburg est pour moi un gros coup de cœur, le plus gros sans doute de ces dernières années.
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