-> GROS SPOLER <-
Cette campagne a 25 ans et cela se sent; aujourd'hui elle est injouable. Après 5 ans, à un rythme lent, je viens de terminer de maîtriser Terreur sur l'Orient Express (TOE). ~15 sessions de 3-6h. En moyenne 4-5h de préparation par heure de jeu pour réécrire, réordonner, comprendre (!), le scenario. Pour faire simple les PJs traversent l'Europe à la recherche de pièces d'une statue, en tentant d'échapper à une secte de fanatiques (of course :D !).
La linéarité ne m'a pas gêné. Les trajets en train sont par essence linéaires, et les enquêtes dans chaque ville sont globalement assez linéaires. Le vrai problème (linéaire ou pas) c'est que les joueurs n'ont AUCUNE emprise sur le scénario. Dans certaines villes les PJs n'ont même pas d'objectif (Constantinople ? à vérifier), ils doivent se contenter d'attendre qu'un évènement tombe. Chaque scénario est construit sur la même base. Ils arrivent, ils cherchent la pièce, un événement survient pour compliquer la tache, ils trouvent (ou pas) la pièce, ils repartent. Les personnages pourraient très bien décider de ne pas descendre du train dans une ville clé, cela ne change rien (vraiment !) En fait peu importe qu'ils rassemblent les pièces. Mention spéciale à Sofia, où un PJ DOIT se faire agresser et DOIT perdre un oeil pour poursuivre le scénario. L'hypothèse qu'il puisse résister est vaguement évoquée et clairement injouable en l'état.
Ceci illustre parfaitement la campagne. Certains événements sont nécessaires. Des joueurs à peine expérimentés éviteront des situations pourtant nécessaires. Il faudra alors réécrire pour poursuivre, car cela n'a pas été pensé (Je conseille de bien briefer ses joueurs pour leur faire comprendre qu'ils doivent suivre la trame et pas s'en éloigner, même si le bon sens l'impose). Une joueuse m'a confié s'être sentie obligée de modifier son jeu, sans quoi c'était l'impasse scénaristique, j'ai pourtant beaucoup réécrit pour éviter cela. Là encore une mention spéciale. A la fin, le "grand méchant" a capturé les PJs et leur révèle tout son plan ! Evidement les PJs s'échappent... Aujourd'hui lorsqu'un auteur place ce genre de scène, il recherche un effet burlesque. Là c'est totalement au 1er degré ! (A réécrire donc). Enfin le dernier scénario est le seul à se passer dans le train... Enfin on espère découvrir l'OE, son charme, son luxe ses passagers,... Et non. Les PJs mènent une coursent contre la mort à bord du train. Poursuivis pas un sorcier quasi omnipotent et une secte de fanatique qui a infiltré toute l'Europe de Londres à Constantinople... Et une part du scénario proposé est de lever une mariée adultère, la petit arnaque d'un noble désargenté ou l'assassinat d'un industriel allemand inconnu. (alors que les PJs risquent leur vie à chaque seconde !!!). Donc évidement, les PJs n'auront rien à faire de tout cela. Ils vont s'enfermer dans leur chambre pour arriver en vie à Londres ! La dernière scène là encore est ultra dirigiste, les PJs DOIVENT tomber dans un piège tendu par le méchant s'ils veulent finir la campagne (le parchemin qui ramène Mehmet à la vie). S'ils s'en rendent compte et esquivent... Bah il n'y a pas de fin ! (petit encadré des auteurs pour dire, que cela peut donner lieu à une suite à la campagne... Merci, au revoir).
La campagne est dénuée de caractère. Les Pjs traversent une dizaine de villes, à l’exception de Constantinople, toutes sont interchangeables. Aucune particularité, ou ambiance propre à chaque ville est n'exploitée. La campagne pourrait être transposée n'importe où (USA,...) sans effort. L'Orient Express est le grand absent de cette compagne (à l’exception du dernier scénario), de trop rares intermèdes s'y déroulent, (sans personnalité). Seul Fénalik tend un fil rouge entre quelques scénario et possède une réelle personnalité. En étant indulgent on dira que le scénarios de Venise met en avant les chemises noires, propre à l'Italie des années 20-30.
Les PNJs sont transparents. Une batterie d'entre eux sont proposés dans un livret. Je donne un exemple, sur une 1/2 page : un enfant de 6 ans, qui fera des bêtises "vous pouvez vous en servir pour brouiller les pistes". "Il pourra également les surprendre pas ses questions naïves [mais] pertinentes, voire être source d'informations". S'en suit un portrait et des compétences genres "Agacer 67%, Barbouiller 37%". Quel est l'intérêt ??? Les PNJs sont censés donner des axes de jeu rapide au MJ. Là il n'y a rien à exploiter. A ce niveau de vide, c'est au MJ de tout écrire... Pendant la présentation (riche) de l'Orient Express, on nous rebat les oreilles sur les personnalités d'exceptions qui ont voyagé dans le train... Les PJs n'en croiseront aucune ! (au mieux des Lords, une cantatrice). A défaut d'avoir le droit d'utiliser des personnages historiques, on aurait aimé croiser des ministres, des princes, des célébrités, (ou leur dérivé libre de droit d'utilisation)... Dans le dernier scénario, j'ai placé Bela Lugosi avant qu'il ne devienne célèbre. Le PNJ amateur de spiritisme disait s'être entretenu avec Vlad Tepes pour interpréter Dracula à Broadway... Si vous avez besoin de PNJs il faudra les créer vous même. Sur la trentaine de proposée, 2-3 seront exploitables après grosses retouches. L'enfant présenté et l'un des mieux fournis ! ... hélas :-(.
Enfin les aides de jeux sont nombreuses (passeport, carte du réseau (avec erreur), affiche commerciale,...) mais seul le plan du train est réellement utile. A noter que pour chaque ville il y a un Guide du routard assez bien fichu qui apporte des informations intéressante pour faire vivre la ville tant bien que mal.
La mise en forme des scénarios est très mauvaise, obligeant à de nombreux aller-retours. Les informations importantes de chaque scènes sont noyées dans du blabla de présentation, obligeant le PJ à prendre des notes ou à sur/souligner pour retrouver les infos noyées dans un pavé. La Campagne est très (TRES !) pauvrement illustrée pour les standards actuels (noir et blanc photocopié, très peu d'illustrations, quasi que des portraits timbre-poste). Il vous faudra aller voir sur internet pour trouver des images qui vous inspire l'esprit de chaque ville traversée. Un mention pour le Lausanne du rêve, qui contient 3 pages de scénario où les PJs errent dans un décor fantomatique. Ils arrivent dans une impasse ou il y a du vent, il n'y a rien d'autre à voir/faire (ceci fait référence à une ville à venir où il y aura du vent). Ils arrivent dans une rue recouverte de fleur d'ail, il n'y a rien d'autre à voir/faire (ceci fait référence au Vampire qui les suit)... Idem pour Zagreb 1 page où les personnages voient des scènes surréalistes (un poisson qui étouffe sur le sol, un homme à 4 pattes qui cherche quelques chose... Les personnages sont ici de simples spectateurs (comme souvent dans la campagne) et n'ont rien à faire...
Evidement une partie de mes critiques peuvent être désamorcées par un "oui, mais le MJs peut adapter, il n'a qu'a faire ceci ou cela"... Il y a donc du boulot à chaque scène... Bref je déconseille sincèrement cette campagne qui nécessitera un MJ très expérimenté (beaucoup de travail de réécriture, il va falloir faire gober la pilule aux joueurs, une campagne très confuse) et des joueurs très dociles/crédules/novices (un joueur cohérent ne fera pas ce qui est prévu, certaines scènes doivent être jouées en dépit du bon sens. Ils seront souvent relégués au rang de spectateur). Les Joueurs expérimentés ne pourront mener à bien la campagne tant celle-ci regorge de pièges éculés pourtant indispensable au déroulement de l'intrique. La campagne a très (très) mal vieilli. On reconnaît le style "années 80-90". Aujourd'hui on produit tellement mieux ! A la lecture de la campagne, j'avais compris qu'il me faudrait la retravailler, je me suis donc lancé dans l'aventure. J'avais sous estimé le travail à produire, j'ai du adapter la campagne aux standards actuels de qualités (injouable en l'état aujourd'hui). Une fois lancé il était trop tard pour m’arrêter (par respect pour les joueurs notamment).
J'ai quand même envie de finir sur une note positive. Constantinople et le retour en train comportent quelques belles scènes, qui après réécriture donneront des grands moments.
J'aurai mis 1,5/5 si j'avais pu.